Pas de ténors au Capitole ?

Publié le par gk

Article paru le 25 octobre à l'adresse suivante : http://www.lepoint.fr/content/villes/article?id=207266


Philippe Douste-Blazy et Martin Malvy ne s'affronteront pas lors de l'élection municipale à Toulouse. Aucun des deux anciens ministres ne faisait l'unanimité, au PS comme à l'UMP. Du coup, les alliés traditionnels des deux grands partis rêvent de la jouer solo.

AToulouse, une règle non écrite fait office de loi sur le cumul des mandats : impossible d'être à la fois maire de la ville et membre du gouvernement. La formule a été théorisée par Dominique Baudis, qui se plaît à répéter qu'il avait décliné à plusieurs reprises un poste ministériel lorsqu'il dirigeait la municipalité. Son successeur au Capitole, Philippe Douste-Blazy, a voulu braver l'axiome, qui pèse ici comme un interdit. Il en paie aujourd'hui le prix. L'ancien ministre des Affaires étrangères ne devrait pas conduire la liste de la majorité municipale sortante en mars 2008.

Jean-Luc Moudenc a tourné la page. A 47 ans, l'ancien adjoint n'accepte plus d'être un intérimaire. Il s'impose comme le numéro un. Dans une interview retentissante à La Dépêche du Midi, le maire en exercice ne s'est pas contenté de répéter qu'il briguerait le renouvellement de son fauteuil devant les électeurs. Il a clairement fait savoir qu'il ne laisserait pas même un strapontin à son ancien mentor. « Une nette majorité de Toulousains ne veut plus que Philippe Douste-Blazy soit candidat à des responsabilités », tranche Jean-Luc Moudenc dans les colonnes du quotidien régional.


Battu, mais pas abattu. « Je le lui ai dit en face », affirme le maire de Toulouse, déterminé. Le couperet est tombé, sans scrutin. Philippe Douste-Blazy s'étant soustrait au dernier moment au verdict des urnes lors des élections législatives, son remplaçant au pied levé brandit des sondages d'opinion assassins pour le patron départemental de l'UMP. Battu à sa place, Moudenc n'est pas abattu. Malgré sa défaite (46 %) face à Cathy Lemorton (PS), il estime avoir définitivement gagné ses galons. A ses yeux, Philippe Douste-Blazy s'est irrémédiablement disqualifié en refusant le combat face à cette candidate socialiste alors inconnue. Mais ce n'est pas lui qui le dit : ce sont les sondages...

Pour l'ancien ministre, c'est un coup de poignard dans le dos porté par l'homme qu'il avait imposé face à la grogne de la vieille garde baudisienne, échaudée par les premières défaites électorales. Mais, après tout, n'a-t-il pas déjà survécu à ce type d'attentat quand il était maire de Lourdes ? Douste-Blazy veut croire qu'il peut encore rebondir. Toujours président de la communauté d'agglomération du Grand Toulouse, il a commandé une nouvelle batterie de sondages pour démontrer que sa notoriété était inégalée, sa popularité intacte. S'appuyant sur les grands projets qu'il a lancés, comme le Cancéropôle, il échafaude d'autres plans toujours plus audacieux et grandiloquents pour Toulouse et l'agglomération. Après avoir surpris les maires de la périphérie en réclamant l'étude de péages urbains sur le modèle de Londres ou Stockholm, il a pris à contre-pied les élus de sa propre majorité lors du dernier conseil municipal en préconisant la gratuité dans les bus. Le seul à l'applaudir fut son ancien challenger socialiste aux dernières élections municipales. Comme François Simon, désormais en rupture de ban du PS, Philippe Douste-Blazy est-il condamné à devenir un dissident dans son propre camp ?

La mise à l'écart du président départemental de l'UMP n'est pas la seule surprise de ce premier round d'observation des prochaines élections. Au Parti socialiste, le principal favori a lui aussi préféré jeter l'éponge sans combattre. Martin Malvy, président du conseil régional, était pourtant annoncé comme le favori par tous les sondages. Les scores obtenus par le PS aux élections présidentielle (57 %) et législatives (56 %) à Toulouse semblaient lui permettre de gagner la ville dans un fauteuil. Dans ces conditions, pourquoi renoncer à une victoire annoncée ?

Officiellement, Martin Malvy explique qu'il a préféré donner la priorité au conseil régional, où il entend se représenter en 2010. La vérité est plus compliquée. Une semaine avant d'annoncer sa décision, le président de Midi-Pyrénées laissait encore planer le suspense en faisant une apparition à la fédération du Parti socialiste, où tous les postulants étaient invités. Sous prétexte de mettre la dernière main au programme municipal du PS, il s'agissait en fait de soupeser une dernière fois les rapports de forces internes avant le vote des militants. Et de peser sur les autres candidats. Les partisans de Martin Malvy, appuyés par la plupart des cadres du parti, ont mis la pression sur les cinq socialistes déjà engagés dans la course pour qu'ils se retirent au profit du président du conseil régional, rêvant d'une désignation unanime par acclamation.

Las, les impétrants n'ont pas cédé face à la carrure de l'éléphant. Martin Malvy était pourtant le seul qui pouvait afficher un parcours ministériel (secrétaire d'Etat à l'Energie et aux Relations avec le Parlement, ministre du Budget) sur son CV. Mais cela n'a pas suffi pour impressionner la galerie. Malvy, autre victime du signe indien des maroquins à Toulouse ?

Bien sûr, d'autres éléments sont entrés en ligne de compte. Les tenants d'une « rénovation » tiquaient sur son âge (71 ans), les nouveaux « royalistes » comme les anciens jospiniens se méfiaient de ce vieux routier du courant fabiusien, minoritaire à Toulouse. Le président du conseil régional devait surtout faire face à l'opposition souterraine de l'autre dinosaure socialiste local, Pierre Izard (71 ans), président du conseil général, qui soutenait officieusement les autres candidats. Les deux grands patrons du PS, qui se disputent le pouvoir d'influence sur Toulouse depuis les hôtels du département et de la région, ont soigneusement évité de se croiser lors de l'université locale du PS.

S'il n'y a plus de « ténor » d'envergure nationale au Capitole dans la majorité municipale, il y en a visiblement un de trop dans l'opposition. D'où les fausses notes. Reste à constater qu'au PS comme à l'UMP une trajectoire ministérielle n'est plus considérée comme un précieux viatique pour diriger la métropole toulousaine. De part et d'autre, on recherche davantage un « chef d'orchestre » qu'un grand soliste pour aller à la pêche aux voix.


Des candidats trouble-fête. L'absence de tête de liste jugée « charismatique » à droite comme à gauche donne quelques idées à d'éventuels trouble-fête. Les Verts poussent la candidature de Gérard Onesta, député européen, qui n'hésite pas à revendiquer la tête d'une liste commune avec le PS. « Je fais un notable tout à fait présentable », s'amuse le vice-président du Parlement européen, qui prend soin de cultiver également son côté rebelle en n'oubliant pas de préciser qu'il a aussi été condamné aux côtés des « faucheurs volontaires » d'OGM. « Onesta sur la liste, ça aurait de la gueule », concède Kader Arif, premier secrétaire du PS en Haute-Garonne et lui aussi député européen. La stratégie du Capitole s'échafaude également dans les couloirs du Parlement de Strasbourg, où les deux élus se sont longuement rencontrés. Mais Kader Arif ne va pas pousser sa volonté affichée d'aboutir à une liste commune jusqu'à confier les clés de Toulouse à un allié. « Onesta numéro un, c'est non », affirme-t-il. Les socialistes seraient plutôt favorables à une candidature de l'eurodéputé Vert à Albi, sa ville d'origine.

Chez les centristes restés fidèles à François Bayrou, le nom de Jean-Marie Cavada a circulé. Mais l'ex-homme de télévision, élu lui aussi au Parlement européen, ne devrait finalement s'aligner ni à Toulouse ni à Montpellier, autre ville où il était annoncé. Reste l'énigme Baudis. L'ancien maire demeure muet depuis son bureau de président de l'Institut du monde arabe. Il a récemment mis en vente son appartement toulousain. Un choix personnel qui fut abondamment commenté dans le microcosme, mais sans aucune signification politique. Selon son entourage, il n'a fait que changer d'adresse et demeure citoyen toulousain. Dominique Baudis pourrait s'exprimer prochainement à la télévision. Attend-il une éventuelle déclaration de Jean-Michel Baylet, son meilleur ennemi à Toulouse ? Une nouvelle fois, le président des Radicaux de gauche fait mine de vouloir monter une liste autonome à Toulouse. Si la candidature, actuellement avancée, du jeune Alexandre Martiel, chargé de bâtir le programme présenté par le PRG, ne paraît pas crédible, l'ombre du patron de La Dépêche du Midi se profile à l'horizon. Son nom a discrètement été testé par des instituts de sondages

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