Comment résoudre le problème de l'insécurité à Toulouse?

Publié le par gk

M. le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc a fait des déclarations fracassantes ces derniers jours, qui suscitent quelques... interrogations. Au lendemain des événements  qui se sont produits dans les quartiers de la Reynerie, Bagatelle et la Faourette, il a estimé qu'il fallait « sortir du droit républicain » et prôner des « arrestations sans procédure » des délinquants auteurs de ces faits graves (lire la Dépêche du 29 novembre).
De tels propos ne doivent pas tomber dans l'oubli : ils sont dangereux. 
Que signifie sortir du droit républicain, au juste? Si M. Moudenc s'est bien gardé d'en rajouter, il est évident que cette phrase évoque de douteux présages : une justice inégale, des citoyens inégaux, une police sans droits... Est-ce cet "idéal" de société que souhaite les Toulousains? 
Du coup, les concurrents politiques de M. Moudenc ont vivement réagi : aussi, les Verts, ralliés à Pierre Cohen (PS) pour les municipales ont publié ce communiqué : « les Verts de Toulouse s'indignent de ces propos et affirment que le scandale des incendies de voitures, des destructions d'écoles ou de bibliothèques, des agressions de pompiers, ne pourront pas se régler par le scandale du non-droit et de la violence républicaine. La campagne municipale qui commence sera l'occasion pour les Verts de proposer au contraire une vraie politique de la ville qui intègre tous les quartiers dans un développement économique, social, culturel réellement partagé » (www.ladepeche.fr). 
Jean-Luc Forget, avocat,  et candidat du MoDem a déclaré sur ce site (voir dans la rubrique "Quelques questions à...): "Quand j'entends dire qu'il faudrait "sortir du droit républicain" pour régler le problème des banlieues, je ne peux l'admettre ! Et ça n'est pas l'homme de droit qui réagit, c'est le citoyen ! Mais où va-t-on? "

 Du-coup, les propos du maire ont contribué à faire ressortir le débat sur l'armement de la police municipale.
 Cela fait maintenant deux ans que celle-ci est armée (uniquement la nuit). Jean-Luc Moudenc a di à ce sujet, dans La Dépeche du 10/12 : " Je n'envisage pas de désarmer les policiers municipaux que j'ai armés moi-même, après mûre réflexion et concertation avec eux. Lorsqu'ils ont été interrogés, 95 % des agents ont dit oui à l'arme, considérant notamment qu'ils étaient de plus en souvent confrontés à des individus armés. C'est de leur propre sécurité qu'il était question, sans compter, bien entendu, l'effet dissuasif de l'arme. Ensuite, j'ai été bien au-delà de tous les règlements en vigueur sur l'armement des policiers municipaux. A Toulouse, ils s'entraînent par exemple trois fois plus que l'exige la loi, ils sont régulièrement évalués, et ceux qui ont refusé l'arme ne l'ont pas reçue. À ce jour, aucun incident n'est survenu. Je considère enfin qu'aujourd'hui, mieux vaut conforter les forces de l'ordre que les affaiblir." 

Ce débat a suscité les réactions de tous les candidats au Capitole : dans "La Dépêche" du mardi 11 décembre, on peut lire un communiqué de la LCR et de sa candidate, Myriam Martin : "Ce n'est pas en adoptant les logiques sécuritaires qu'une municipalité améliorera le quotidien de la population. La LCR s'opposant à une conception shérif du rôle de maire dénonce avec vigueur l'armement de la police municipale. Dans les activités d'ordre public la police ne doit plus porter d'armes à feu, ce qui génère plus d'insécurité et de bavures qu'une fonction dissuasive. Et il ne s'agit pas simplement de substituer à l'arme feu d'autres armes type taser qui sont tout aussi dangereuses." 

Quant à François Simon, tête de liste de "L'autre liste", déclare qu'il s'est 'toujours opposé à cette dérive qui consiste à armer la police municipale. Il faut conserver une distinction claire entre la police nationale et municipale. Le port d'armes crée une confusion. Bien pire, l'abandon de la police de proximité voulu par M. Sarkozy, l'armement de la police municipale, donnent une image uniquement répressive. Je soutiens la fin des rondes de nuit pour la police municipale et l'abandon des armes. Il faut par ailleurs bien redéfinir les fonctions de celle-ci afin de soulager la police nationale de tâches que les policiers municipaux pourraient assumer. Il ne faut pas confondre efficacité et surenchère sécuritaire."

Jean-Luc Forget (MoDem) a lui aussi donné son point de vue dans la Dépêche :  " Je ne suis pas favorable, par principe, à l'armement des policiers municipaux. L'arme a été attribuée à ces agents en réponse à un certain nombre de problèmes qui se sont posés à Toulouse, mais je considère que cette solution n'est pas la bonne. L'arme appelle l'arme. C'est si vrai que l'on voit maintenant des armes circuler dans les quartiers, et l'on s'étonne de ce phénomène. Au-delà de cette question particulière, il convient de s'interroger sur le métier des policiers municipaux. Doivent-ils rester, comme c'est le cas aujourd'hui, des auxiliaires des policiers nationaux affectés exclusivement à des missions de répression, du stationnement irrégulier en particulier ? Faut-il continuer de les appeler « policiers », qualificatif qui entretient la confusion entre agents municipaux et nationaux ? Je pense que l'organisation de la police municipale en police de quartier serait plus efficace parce qu'elle serait plus proche de la population et de ses préoccupations ».

Pierre Cohen, enfin, a évoqué le sujet : "je ne suis pas partisan de l'armement. Mais il va de soi que selon leurs missions, les policiers doivent avoir des moyens de protection adaptés. Il en existe plusieurs, jusqu'au degré ultime que constitue l'arme. Nous rechercherons des équipements de substitution à l'arme".

A trois mois des municipales la campagne est véritablement lancée, et sur le thème de la sécurité, donc. Les candidats ont trois mois pour affiner leur position sur une question délicate qui doit être une de leurs préoccupations principales : comment résoudre le problème de l'insécurité à Toulouse? Est-ce en sortant du droit républicain comme le prône le maire sortant, M. Moudenc? Peut-on imaginer des solutions quelques peu plus égalalitaires, équitables (ou "éthiquables") que de procéder à des arrestations sans procédures, en dehors du droit légal? J'espère pour notre ville que les hommes et femmes politiques qui se présentent au Capitole auront d'autres idées, plus républicaines, moins racolleuses, que celles envisagées par l'actuel maire de Toulouse. 

G.K.



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